09.10-L’Histoire du petit garçon qui ne s’aimait pas quand il n’aimait pas –
-Pff, je m’ennuie, dit un soir le petit garçon à sa peluche.
-Mais pourquoi donc ? demanda la Peluche.
-Je ne sais pas. Je m’ennuie c’est tout.
-Mais on ne peut pas s’ennuyer sans raison, s’étonna la Peluche. Ce n’est pas possible ! Et encore moins quand on est un petit garçon comme toi !
-Eh ben je m’ennuie quand même, insista le petit garçon.
-Bon, très bien, dit la peluche en levant au ciel. De quoi as-tu envie alors ? Je n’aime pas quand tu t’ennuies, trouvons donc quelque chose à faire.
-Ben… Ben… Ben je ne sais pas. Non, dit le petit garçon en secouant la tête, je ne sais pas ce que j’ai envie de faire.
-Quoi ? S’étonna à nouveau la Peluche. Comment ça ? Tu ne sais pas non plus de quoi tu as envie ?
-Ben non, fit le petit garçon un peu penaud. Mais ce n’est pas de ma faute ! Je te jure que je cherche de toutes mes forces. Mais… Mais…. Rien ne vient, je t’assure.
Le petit garçon avait les larmes aux yeux. La Peluche resta un moment silencieuse. Puis elle se rapprocha encore plus du petit garçon.
Elle laissa échapper un soupir.
-C’est bien plus grave que je ne pensais alors…
-Comment ça ?
-Chez nous, les peluches, ont appelle ça ‘avoir le tissu trop tendu par le kapok’.
-Qu’est ce que ça veut dire ?
-Quand on est une peluche neuve, et quand on n’a pas encore de propriétaire, ça arrive de temps en temps. Ca veut dire que parfois, même si une peluche est tout jolie, neuve et avec d’autres peluches, elle peut se sentir vide.
-Oui c’est ça, tu as raison, je me sens tout vide là dedans. (Le petit garçon appuyait avec son doigt sur son ventre) Et je n’aime pas ça. Tu crois que je devrais manger du kapok ? Ca ira mieux après ?
La Peluche sourit.
-Non, au contraire ! Quand notre kapok est intact, tout gonflé, c’est là qu’on se sent vide. Ce qui remplit les gens, (et les peluches aussi d’ailleurs), ce n’est pas le kapok, mais le reste.
-Le reste ?
- Oui, le reste ! Toutes les choses de la vie. Ce qu’il y a autour de toi, tes voitures, tes joujoux, le reste quoi !
- Mais je n’ai pas grand-chose. Où plutôt si, mais non, ça ne me remplit pas. Enfin…
- Enfin ?
- Enfin pas comme je voudrais.
- Ah ! C’est-à-dire ?
- Ben j’avais vachement plus de kapok quand je jouais avec Alice…
- Alice ? La petite Alice Lindel ?
- Oui. J’ai joué avec elle hier à la récrée. Et ben, c’est vraiment différent que quand je joue avec toi. Ca fait tout différent là dedans (le petit garçon tapotait encore son ventre).
- Mais ça c’est normal ! Toutes les choses autour de toi ne peuvent pas te remplir de la même façon.
- Mais maintenant plus rien me remplit, s’écria le petit garçon. C’est nul ! Je n’aurais pas du jouer avec elle, rajouta-t-il en se calmant, je ne jouerais plus jamais avec elle.
- Oulà ! Ce n’est pas la solution. Et de toute manière tu ne pourras pas t’en empêcher. Tu verras, dit la Peluche avec un sourire en coin. Je crois que ce que tu as ressenti était tellement gros, ça t’a tellement rempli que tu viens juste de te rendre compte que le reste remplissait moins, c’est tout. Mais ça remplit aussi, moins, mais ça remplit un peu quand même.
La Peluche observa une pause.
- De toute façon, si on en croit mon expérience (la Peluche se passa la main sur le ventre, qui n’était plus si bien rembourrée que ça), on n’est jamais rempli ni tout le temps, ni pour toujours.
- Mais c’est tout triste. Je ne veux pas que ça arrive…
- C’est triste, mais pas tant que ça, on s’y fait.
La Peluche soupira.
- Je me sens un peu plus vide de t’en avoir parlé, mais maintenant tu sais et tu seras moins triste. J’aurais aimé qu’on m’explique aussi quand ça m’ait arrivé.
- Tu sais, je crois que j’ai une solution. Peut être que si on se fait un câlin on se remplira un peu plus tout les deux ?
- Peut être, répondit la Peluche dans un sourire.

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